Inspiration

Rencontre avec Invincible Été

16/09/2021

"Un Invincible Été"… Expression d’Albert Camus d’une part, jolie marque française rendant ses lettres de noblesse à l’herbier cyanotype d’autre part. L’un dans l’autre, en découle une impression de nature, un soleil éternel chez soi. Rencontre avec sa cocréatrice, qui s'associe avec l'éditeur de papiers peints français, PaperMint pour une collection de lés présentés en exclusivité chez Fleux.

"Un Invincible Été"… Expression d’Albert Camus d’une part, jolie marque française rendant ses lettres de noblesse à l’herbier cyanotype d’autre part. L’un dans l’autre, en découle une impression de nature, un soleil éternel chez soi. Cette technique unique datant de 1842 revient parmi nous pour éblouir nos intérieurs. Les empreintes du végétal se cristallisent grâce aux rayons du soleil. Un procédé empreint de poésie, de délicatesse, mêlant patience et savoir-faire.
Cette beauté unique de la nature s’immortalise et se décline aujourd’hui chez nous ! Le cyanotype fait ainsi la part belle sur nos murs grâce à PaperMint, éditeur français de papiers peints réalisés dans l’hexagone. Nés de cette jolie collaboration, huit lés imaginés en authentique bleu de Prusse et beige intemporel sont présentés en exclusivité chez Fleux !

Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours et nous présenter Invincible Été ?

Je suis, depuis 25 ans, rédactrice chef chez Marie Claire Idées. Mais j’ai toujours en parallèle poursuivi des projets dans l’artisanat, dans l’édition... J’ai un indéniable attrait pour le fait main. Pour le domaine artistique mais avec une dimension concrète.

Côté parcours, j’ai étudié au sein de l’Ecole Supérieure Estienne des Arts et des Industries Graphiques puis fait les Beaux-Arts de Paris. Je me qualifierai comme étant artiste… avec les pieds sur terre !

Mon dernier projet en date, Invincible Été, est né de manière assez inattendue : plus précisément au détour d’un voyage sur une île en Grèce, il y a quatre ans de ça. L’un de mes amis, artiste américain, m’a initié à la technique du cyanotype lors de ces vacances. Une boîte de poudre blanche, quelques manipulations et, passée la surprise, je fus conquise par cette technique oubliée!

En quatre ans d’école, je n’avais jamais entendu parler de ce procédé. Marie, éditrice depuis 30 ans, non plus ! Je lui parle du projet. Marie quelque peu lassée du travail sur ordinateur et avec l’envie de plancher sur un projet artisanal, est séduite par l’idée. Toutes deux, amies de longue date, ressentons l’envie de collaborer ensemble, d’allier l’expérience dans l’édition de Marie à mon envie débordante de créer des choses… Aussi, sommes-nous devenues associées. Et en grandes passionnées que nous sommes, nous y dédions nos week-ends, nos soirées et donnons peu à peu forme à Invincible Été.

Invincible Été est donc une marque dirigée par Marie et moi-même. Elle remet au goût du jour une technique tombée dans l’oubli : celle du cyanotype. L’idée est de partager au plus grand nombre ce subtil travail du végétal.

Lors de notre premier stand à Maison & Objet, personne n’avait présenté en France le cyanotype comme objet de décoration. Ce procédé était, avant nous, uniquement rattaché au domaine de la photographie. Ce fut le début d’un beau projet.

Comment ce nom vous est-il venu à l'esprit ?

De la célèbre citation d’Albert Camus "Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été". C’est une phrase qui résonne particulièrement en moi. Même dans les moments où tout va mal, on a en soi un soleil qui nous permet de tenir.
C’est aussi une phrase qui fait joliment écho au procédé du cyanotype. Ce dernier se réalise durant la saison estivale, en plein soleil, avec une belle luminosité. C’est une technique que j’ai découverte à cette période-là également. Une technique qui nécessite du soleil et de l’eau.
On a un été chez soi, un été derrière soi et un été devant soi. C’est pour moi, une forme de poésie particulièrement solaire.

Où puisez-vous vos inspirations ? Votre double casquette de rédactrice pour Marie Claire Idées vous permet-elle de nourrir vos projets artistiques ?

J’ai toujours été très curieuse, toujours à arpenter les galeries, les musées… Tout, véritablement, m’intéresse : expos, randos, cinéma… L’inspiration est partout, sans limite.
Marie et moi-même avons pu assimiler beaucoup de connaissances, baigner dans la culture à travers nos études. Et c’est quelque chose que nous continuons d’alimenter quotidiennement.
Ma double casquette chez Marie Claire Idées m’a permis de connaître de nombreux artistes et artisans, de défendre des gens qui travaillent avec leurs mains. C’est cette sensibilité au fait main qui m’a aussi guidé dans mon projet : je voulais une marque vertueuse, qui reposait sur l’artisanat.

Comment est née l'idée de cette collaboration avec PaperMint ?

Nous présentions à l’époque des panoramiques. Alexandra était l’une de mes connaissances lors du lancement PaperMint. J’avais notamment suivi ce projet en tant que journaliste. Cela s’est fait très naturellement.

Pouvez-vous nous parler davantage du procédé cyanotype - l'herbier remis au goût du jour ? Sur la délicatesse de ce processus de création à la main ?

Le cyanotype est né d’une histoire absolument magnifique. D’une femme du nom de Anna Atkins. Dans les années 1840, les femmes en Angleterre n’ont à l’époque pas le droit de travailler. Orpheline, Anna vit avec son père chercheur et naturaliste. Passionnée d’herbiers, la botaniste se rend compte que les chimistes et scientifiques, notamment Herschel et Talbot, travaillent sur le procédé de photocopies. Elle utilise cette technique pour reproduire ses herbiers. Elle les fait sécher et les envoie à ses proches. Par le cyanotype, plusieurs herbiers peuvent désormais être créés à partir de la même plante.

Le cyanotype est ainsi récemment revenu sur le devant de la scène. Nous avons l’impression qu’il s’agit d’une nouvelle technique, alors qu’il n’est ni plus ni moins l’herbier ancienne génération et tombé dans l’oubli ! Du premier herbier photographique au monde, imaginé il y a presque 200 ans ! Ce qui est assez surprenant, c’est que rien n’a changé, il s’agit de la même technique de solution photosensible.

Depuis le début d’Invincible Été, nous avons réalisé des herbiers : des petits, des grands. Et chaque modèle est réalisé à l’échelle, à taille réelle. C’est donc un travail très délicat : la grande partie du travail est de bien faire sécher les plantes.

Quand on fait des workshops avec Marie, on prépare les papiers. On utilise une solution photosensible, on peint les différents papiers et les met à sécher la nuit. Le lendemain, on isole les papiers. On dépose les fougères et autres éléments végétaux sur le papier. Par une réaction des rayons UV produite par la lumière du soleil et le papier enduit d’une solution photosensible, se créent les différentes empreintes végétales. Les rayons UV ne passent pas là où la fougère a été déposée. Aussi, quand on enlève la fougère et après avoir rincé à l’eau le papier, la solution qui a été sous la fougère n’a pas pu prendre sur le papier. Pour le reste du papier, le rinçage à l’eau provoque une réaction sur le papier : il devient bleu et donne ce que l’on appelle le bleu de Prusse.

La technique est donc assez délicate. Nous réalisons tout à la main : nous réalisons nos herbiers, nous peignons, nous mettons et rinçons à l’eau, nous mettons sous presse… Tout cela à deux. Chaque pièce est donc unique. La manipulation peut être plus complexe sur des très grands formats nous amenant à travailler obligatoirement à deux.
Tout est donc réalisé dans notre atelier de Paris ou de Sceaux. Les tirages sont uniques à l’exception des tirages numérisés. Ces derniers entrent dans notre banque d’image cyanotype (petit héritage de notre travail dans l’édition).
Depuis la naissance d’Invincible Été, on voit toujours la nature à travers le prisme du cyanotype : on regarde une fougère, une feuille d’érable en imaginant ses empreintes… Toute la nature nous fait de l'oeil !

Ce projet vous donne-t-il l'envie de vous exprimer sur de nouveaux supports ? Avez-vous la volonté de décliner votre univers végétal ?

Bien-sûr nous sommes ouvertes à l’idée de décliner de nouveaux supports. On ne peut mener des collaborations de notre initiative mais sommes ouvertes lorsque de belles marques ou maisons viennent à nous : on peut partir de nos tirages numérisés et les transposer sur des vêtements, des foulards…

Au quotidien, comment la nature a-t-elle un écho dans votre vie ?

Nous sommes toutes deux très sensibles à la nature. De mon côté, mon histoire familiale est intimement liée à mon travail : je descends d’une grande famille de botanistes et naturalistes, que je connaissais davantage pour leurs activités d’architectes. Plusieurs herbiers de ma famille ont par ailleurs été confiés au Musée d’Histoire Naturelle. J’ai toujours adoré les planches de botanistes, j’ai toujours baigné dans cet univers. L’herbier est pour moi un héritage familial.
Marie entretient également un rapport très fort avec la nature et dès que l’occasion se présente, se rend toujours à l’extérieur.

Le mot de la fin, un objet bleu ou végétal qui vous a récemment fait de l'œil ?

Depuis la naissance d’Invincible Été, on voit toujours la nature à travers le prisme du cyanotype : on regarde une fougère, une feuille d’érable, en imaginant ses empreintes… Notre vision a ainsi changé sur la nature : on va faire ainsi faire sécher les bouquets de fleurs qui nous sont offerts, ramasser et transposer toute pièce végétale qui nous fait de l’œil.